Présentation des six Médinas des Sultanats Historiques des Comores à inscrire au patrimoine de mondial de l’UNESCO

Un voyage dans les méandres du patrimoine culturel

En tout, six médinas ont été retenues pour la préparation du dossier d’inscription des médinas historique des Comores patrimoine de l’UNESCO. Experts nationaux et internationaux Comores à soumettre leurs rapports sur l’état d’avancement du dossier de ces six villes reparties entre Ndzuani et Ngazidja.

1. Medina de Ntsudjini :

Ntsudjini, ville de plus de 4.876 habitants est bâti au 14ème siècle de notre ère. La ville possède un riche patrimoine culturel tangible et intangible bien présent dans l’essence des ntsudjiniens. Dans la ville intra-muros, l’on observe les anciens lieux de cultes, les anciennes places publiques, lieux de décision par excellence et de rassemblement. Les cimetières, et les mausolées qui s’y trouvent sont des sites de dévotion pour la population. Le rempart de Ntsudjini, possède 07 portes qui ont eu un sens culturel certain.

. Goba lasalama

Porte de la paix. Une porte portant ce nom existe dans presque toutes les villes sultanesques ayant un rempart.

À Ntsudjini, sur le linteau de la porte on peut observer des écritures arabes et un tableau avec des étoiles. La tradition veut que toute personne qui la traverse pose sa main et invoque le seigneur. Cette porte était auparavant utilisée par les guerriers qui partaient et revenaient du combat.

. Goba Madjawendji qui veut dire que la porte était utilisée par les habitants du village. Ce nom veut dire «qui viennent nombreux» pour favoriser son retour.

. Mdjendje Wanyuchi ou se trouvent des ruches pour la production du miel. Cette production reste purement artisanale dans un cadre de consommation locale.  Les producteurs de miel viennent de vendre leur produite dans la médina. 

. Goba Trandzikowa est un lieu de grande rencontre pour les tsudjiniens et leurs homologues de la région. Ils prennent les grandes décisions de la région en ce qui concerne l’avenir de celle-ci.

. Goba Mbaleni, est l’entrée principale pour la partie ouest de la ville. Pendant la période des razzias, cette zone a été très sécurisée car ici, le rempart mesure inférieur de 06 m. pour cela, une surveillance accrue était nécessaire.

. Goba Djufudu, qui veut dire «porte de la poussière» cette porte a pris ce nom suite aux activités de la zone. On y pratiquait la sélection des semences de riz.

La ville est profondément enracinée dans les cultures et les traditions locales des Comores. Elle incarne la diversité culturelle de l’archipel et les interactions des populations venus d’Afrique de l’Est et d’ailleurs. Les pratiques religieuses, les festivals permettent aux habitants de se connecter à leurs racines et à leur foi. Les rituels, les célébrations religieuses et les pratiques culturelles traditionnelles continuent de jouer un rôle essentiel dans la vie quotidienne des ntsudjiniens.

En somme, Ntsudjini est bien plus qu’une ville ordinaire. Il est un carrefour civilisationnel, plein d’histoire, possédant un passé et un présent promoteur qui raconte le passage des différents groupes qui ont eu à peupler la ville. Il suffit de jeter un coup d’œil à la mosaïque du peuplement de Ntsudjini pour comprendre que ses valeurs culturelles témoignent de tous ces différents groupes. Tous, ces éléments distinctifs, notamment ses traditions vivantes et son potentiel touristique font de Ntsudjini une perle précieuse de l’archipel des Comores. Les danses traditionnelles telles que Mdiridji symbole de la diversité de la population.

Patrimoines a visité :

Ngome

Shubaka

Mosquée Ntibe

Cimetière Ibudju  

Zawya kadiri

Cimetière royal Ntibe

Maison Madjamo

Bangwe Padjidju

Mhadjidjuwu (place du coq)

2. La médina d’Itsandra-mdjini

Intsandra-mdjini, qui veut dire Itsandra la ville, prend le nom à deux vocables pour se distinguer de sa région qui se prénomme également Itsandra. Le suffixe mdjini le distinguant de la région. La fondation d’Itsandra a plusieurs versions :

La première version dit que la Ville a été fondé par des gens qui seraient venus de la mer. (Ambaria Said Abasse, Toponymie d’Itsandra-Mdjini. Memoire de fin d’étude. ENS. 1988-1989. pp7-8) D’ailleurs le Inya, le lignage fondateur de la ville s’appelle Wenya Nkotso qui veut dire littéralement ceux qui viennent de la mer.

La deuxième version dit que la ville a été fondé par des commerçants arabes qui seraient venus de la péninsule arabique. Ce sont eux qui auraient donner le nom de Sankule- Al Anrab; premier nom de la ville d’Itsandra (Ahmed Mohamed Ben, entretien fait le 14/08/2024)

IItsandra-mdjini est le chef lieu de la commune de Mbaangani et abrite une population de plus de 3.687 personnes.

C’est une ville qui a connu très tôt de nombreuses influences étrangères : swahili, arabe et plus tard européenne. Il est le confluent entre ces différentes civilisations. Itsandra est renommée comme une ville qui mélange ancienneté et modernité. Ce mélange a donné naissance à une culture de foisonnement illustrée par des nombreux bâtiments historiques, la présence de la guinguette et la plage d’Itsandra.

Ainsi, à l’image des autres villes de l’époque des Sultans, Itsandra possède des places publiques, des maisons princières, des cimetières, des mausolées, un rempart et une guereza datant du XVIIè  siècle. Le vocable guereza renvoie à plusieurs sens étymologiques : fort, prison ou tout simplement lieu ou discutent les sultans pour la prise des décisions importantes (Dr Bourhane Abderemane entretien faite le 14/08/2024)

Les nombreux festivals qui se déroulent dans la ville se réfèrent la richesse du patrimoine intangible de Itsandra-mdjini

Itsandra peut s’enorgueillir d’organiser le festival «Ben Sumeit»   qui rassemble des gens venus de toute la région : les quatre îles de l’archipel, de Lamu, de Mafia, de Zanzibar et du Yémen. Ce festival est organisé tous les ans, le 08 du mois arabe  Swafar. 

À l’intérieur de la médina se développe une économie basée sur la pêche et la broderie traditionnelle qui font vivre des familles et font perdurer un savoir-faire ancien.

Itsandra a su perdurer une culture de la broderie traditionnelle. C’est une des villes comoriennes ou la broderie est très développée. On y confectionne differents habits masculin comme féminin.les habits masculin comme les kandzu, Dragila, kofia etc… Les habits féminins comme les Bwibwiyi, robe en capulana, sahare na subayya etc…

Site et monument à visité :

. Palais Gerezani

. Mausolée Al-Habib Omar

. Mosquée Bwoina

. Mosquée Mziche

. Maison Mrabandani

. Cimetière Mkufundi

. Place Buntsini

. Bangwe Buntsini Hari Mwamdji

. Bangwe Bomani

. Paya la mdji Ziraruni

. Bangwe Bomani

. Bangwe Mawecha

. Maison Shongognama

. Chindo Mziche

. Boutique artisanale

3. Medina de Moroni

Moroni est la capitale de l’Union des Comores. Elle est une ville basse, située entre 0 et 5 m d’altitude par rapport au niveau de la mer (données du laboratoire de biodiversité du CNDRS). C’est une ville portuaire construite, selon l’anthropologue Damir Ben Ali, par des populations qui seraient venues du Sud-Est de Ngazidja au XVè siècle. Moroni veut dire, Undro qui fait mieux de vivre cité bâtie, Moroni possède une architecture semblable à celle de l’Afrique de l’Est. Son médina a des ruelles, ses mosquées et ses places publiques très animées ou tangible et intangible se croisent et font la fierté de sa communauté. Par son port et sa position stratégique, Moroni a su entrer très tôt dans le circuit du commerce avec les étrangers. (Marins arabes et européens) 

La ville fut longtemps le passage obligé de ses navigateurs qui accostaient leurs bateaux sur le kalaweni, l’ancien port à boutres qui a fait la renommée de la ville. Il y accostait des navires africains, arabes et plus tard européens. Ce port a joué un rôle essentiel dans l’économie locale entraînant par ricochet la propulsion de Moroni dans ce qu’il va devenir capitale des Comores.

La population de Moroni a su profiter de ce passage pour entreprendre des activités de commerce et d’échange avec ce monde. Plus tard, la ville devint le sultanat de Bambao détrônant la ville d’Ikoni.

Les multiples traces matérielles et immatérielles de la ville illustrent bien cette période de son histoire.

Les palais Dhoihira et Chachangnogo, et les différentes maisons princières, les lieux de cultes, les places publiques, les cimetières et mausolées, les organisations festives sont les témoins matériels et immatériels de ce sultanat.

Moroni a su garder le parler originaire du shikomori, la langue comorienne, un élément immatériel indispensable pour la connaissance d’une nation. Paradoxalement, Moroni subit beaucoup d’influences étrangères alors que la langue comorienne est ici conservée contrairement à d’autres régions ou villes comoriennes.

Partimoine a visité : 

. Mosquée Salmata Haimissi

. Ancienne Mosquée du vendredi

. Palais Dhoihira

. Kalaweni

. Palais Shashanongo

. Place Badjanani

. Place Mtsangani

4. Medina d’Ikoni

Ikoni, est connue comme la « ville des guerriers » les Hamadi, titre honorifique donné aux combattants. Ikoni fut la capitale traditionnelle des Comores des sultans (XVIè-XVIIIè Siècle). La ville fut créée par le Inya Djiva, (Maambad  Saand entretien faite le 10//06/2024) vraisemblablement originaire de Kilwa en Afrique de l’Est.  Son emplacement originaire fut Pangantsini, de l’autre côté de la colline. C’est aussi un lieu d’offrande.  Après des querelles intestines, la famille s’est scindée en deux. La famille Inya Mwaliko a vu le jour et s’est installée un peu au nord (Malozini actuel)

Ikoni est la seule ville comorienne possédant un rempart sur une colline, mais elle présente la particularité de ne pas voir de mur d’enceinte.

À l’époque des razzias malgaches aux Comores (XVIIIè et XIXè siècle), les grandes villes comoriennes construisaient des remparts pour se protéger contre les invasions étrangères (Mohamed Mboreha Selemane). Ikoni a construit son rempart sur la colline et lors des incursions, les habitants envoyaient les femmes, les enfants et les vieux hommes sur la colline pour les protéger, alors que les hommes valides descendaient sur la plaine et affrontaient directement l’ennemi. C’est de cela que le titre honorifique de hamadi a vu le jour.

Ikoni est une ville riche en patrimoine tangible et intangible. La présence de palais, tels que Idaroussi, Kaviridjohe, de places publiques, telles que Ntsidedju, funi Haziri, Bangweni, funi Msa Haziri, en témoigne.

Patrimoine a visité.

. Bishioni

. Portique de Ndrouani

. Porte de la paix

. Place Kapviri Djohe

. Mosquée Boina

. Mosquée Ntsibe Mlanao

. Zawiya Shadhuli

. Bangwe Funi Msa

. Bangwe Mtsangani

. Bangwe Mdanboini

. Place Ntsidedjou

5. Madian de Mutsamudu

Mutsamudu fut découvert par un certain Musa Mudu (Moussa le noir), un berger au service du palais. Ville portuaire, Mutsamudu est la capitale de Ndzuani. Ayant le plus grand port des Comores. C’est une ville plein d’espaces publics, lieux patrimoniaux et activités intangibles. Transférée de Domoni à Mutsamudu par le sultan Abdallah 1er Al Maceli après un rêve que la noblesse et la famille royale à Domoni considèrent ce rêve de providence en 1792. Grâce à sa qualité de mouillage de la baie, Mutsamudu a connu une prospérité périodique symbolisée par la construction de nombreuses demeures, mosquées et monuments dont le palais Ujumbe des Sultans, la citadelle et autres. Tout est significatif dans cette médina ; les portes, les plafonds et les salles des palais et des demeures sont ornés d’inscriptions calligraphiques arabes renvoyant à la sexualité et à la divinité. Il est à noter qu’un prince qui n’enfantait pas pour donner un héritier, était éliminé. Et jusqu’à présent, certaines portent des palais et des maisons royales de Mutsamudu et de Domoni portent ces mêmes inscriptions. Ces éléments sont susceptibles d’être saisis par le regard de l’analyste sous un angle scientifique. Cet ensemble, Palais-Mosquée du vendredi-Cimetière des familles des Sultans et Citadelle, constitue le cœur historique de la médina de Mutsamudu faisant objet d’étude.

Patrimoine a visité :

. Palais Ujumbe

. Mukiri Chababi

. Pangahari

. Citadelle

. Leteri restaurant   

6. Medina de Domoni

Ville millénaire, Domoni est la première ville comorienne qui a été influencé par le sultanat venant de la région de Chiraz en Iran. Elle est située sur la côte orientale de l’île d’Anjouan. C’est aussi ici que le sultanat de Ndzuani (XIIIè-1792) a débuté avant de s’installer à Mutsamudu. Certes, rivale de Mutsamudu, la ville de Domoni fut le centre politique d’Anjouan et resta la capitale jusqu’en 1792 date à laquelle lacapitale fut transférée à Mutsamudu.

La ville tournée vers la mer, d’où viennent les premiers habitants de cette ville. Domoni doit sa richesse et son pouvoir à des musulmans perses originaires de Chiraz du sud de l’Iran. Certes, à en croire les études anthropologiques de Sophie Blanchy, les anciennes mosquées de pierre des Comores, et celles de la côte est africaine, se trouvent à Anjouan. Il s’agit des mosquées de Sima et de Domoni construites au XIè – XIIè siècle et élargie au XIIIè siècle.

Domoni était la plus grande ville des Comores pourvue d’un port bien abrité, s’imposa en termes de rivalité avec Sima.

Ainsi, Domoni reste jusqu’à présent une ville symbolique. Elle est la capitale culturelle, traditionnelle et moderne. A Domoni, les pratiques animistes Roumbou et M’gala, sont vivant. Ce sont des pratiques culturelles et festives à but thérapeutique et dont le moment d’exécution est la nuit.

 Les pratiques culturelles comme les Confréries (Toirika et mawulida) et autres pratiques occupent une place très importante dans cette société. Pour cette ancienne cité shirazienne, la présence des palais princiers à savoir : le palais Ujumbe, le palais Toyifat et le palais Pangani est une fierté.

La présence des Ujumbe, des palais princiers et des places publique témoigne de la richesse du patrimoine tangible et intangible de Domoni. Le premier symbolisé par une architecture extraordinaire et originale, le second illustré par les savoir-faire immatériels comme la sculpture sur bois qui fait la renommée de Domoni.

Patrimoine a visité :

. Ujumbe

. Palais Pangani

. Palais Toyifa

. Place publique (panagahari)

. Muraille

. Mosquée Chirazienne

. Cimetière royal

Cet article a été tiré du rapport de Dr Bourhane Abderemane sur le processus d’inscription des sultanats historiques des Comores sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESC selon les critères (ii) (iv) (v).  

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